Comme chaque année, le Monde islamique a célébré le souvenir du voyage nocturne du prophète Mohammed (Paix sur lui), nommée Al-Israa et Al-Miraj. L'isrâ' signifie « voyage nocturne », venant du verbe [sara'a], qui veut dire dans la langue arabe « voyager la nuit »). Il s’agit du voyage nocturne du prophète Mohamed de la Mecque à Jérusalem. Il est suivi par le mi`râj (ou, « échelle, ascension »), moment où le prophète est monté aux cieux en compagnie de l’Ange Gabriel.
La tradition situe cet événement le 27 rajab de l'an 2 avant l'hégire, soit autour de l'année 620 de l'ère chrétienne ; l'anniversaire de l'événement est célébré durant la « nuit de l'ascension » (Lailat al-Miraj). Le voyage nocturne se fonde sur le verset 1 de la sourate “Le voyage nocturne” du Coran, intitulée Al-Israa :
« Gloire à Celui qui, de nuit, fit voyager Son serviteur du Lieu Sacré d’adoration [Mosquée al-Haram] au Lieu d’adoration le plus éloigné [Mosquée al-Aqsa], dont Nous avons béni les abords, afin de lui montrer certains de Nos signes. Certes, c’est Lui qui entend et qui voit clairement. » (Coran 17:1)
Le voyage de nuit du prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), de la Mosquée al-Haram, à la Mecque, à la Mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, est un miracle de Dieu. Le voyage comme tel constitua la première partie d’une nuit remplie de surprises et d’émerveillements, dont le point culminant fut l’ascension du Prophète à travers les cieux, suite à laquelle il se retrouva en présence de Dieu.
Ce fut un voyage physique et bien réel, et tous les événements qui eurent lieu et qui seront décrits, ici, se déroulèrent au cours d’une seule nuit.
Le terme mosquée englobe beaucoup plus que le simple bâtiment où prient les musulmans. Le terme masjid (mosquée, en arabe) vient de la racine sa-ja-da, qui signifie « se prosterner ». Par conséquent, une masjid (mosquée) est tout lieu où l’on se prosterne. Le prophète Mohammed a d’ailleurs dit : « [Dieu] a fait de cette terre une masjid, pour moi. » Dieu n’a octroyé cet honneur qu’à la nation de Mohammed.
Le voyage débute
Environ dix ans après que le Prophète eut commencé à recevoir les premières révélations du Coran, il subit deux grandes pertes : son oncle, Abou Talib, celui qui l’avait soutenu et aimé depuis l’époque où il était un jeune orphelin, quitta ce monde. Puis, à peine deux mois plus tard, son épouse Khadijah, qu’il aimait de tout son cœur, mourut à son tour. Cette année fut plus tard appelée l’Année du Chagrin.
Dans les années ayant précédé ces tristes événements, les nouveaux musulmans, et plus particulièrement le prophète Mohammed, avaient été persécutés, ridiculisés et abusés de toutes sortes de façons. La force et la loyauté de son oncle, combinés à l’amour et à la compassion de Khadijah l’aidèrent à demeurer ferme face à l’adversité et à aller de l’avant avec la transmission du message. Mais avec la perte de ces deux êtres chers, il se sentait maintenant très seul et il était accablé de chagrin.
Quand une personne se soumet réellement à Dieu, les douleurs et les peines de la vie servent à éprouver sa foi et ces épreuves sont toujours suivies d’un soulagement. Dans la sourate 94 du Coran, intitulée La consolation, Dieu assure au prophète Mohammed que toute épreuve est suivie d’un soulagement, et Il le répète même une deuxième fois, afin de mettre l’accent sur cette vérité. Après cette année extrêmement difficile, pour lui, le Prophète trouva consolation dans une grande bénédiction, i.e. le voyage nocturne et l’ascension.
« Après toute difficulté survient certes un soulagement. Après toute difficulté survient certes un soulagement. » (Coran 94:4-6)
Même si c’était dangereux et qu’il risquait de se faire attaquer par les païens de la Mecque, le prophète Mohammed passait souvent la nuit, en prière, dans la mosquée sacrée de la Mecque. Au cours de cette nuit en particulier, il était étendu près de la Ka’aba (la « boîte » noire, au milieu de la mosquée), entre le sommeil et l’éveil. C’est à ce moment qu’un ange s’approcha et ouvrit sa poitrine, de la gorge au bas de l’estomac. Il retira le cœur du Prophète, le déposa dans un récipient d’or rempli de foi; le cœur fut purifié, rempli et retourné à sa place.
Ce n’était pas la première fois qu’une telle chose se produisait. Enfant, selon la coutume, Mohammed avait vécu dans le désert d’Arabie au sein d’une famille d’accueil, car l’air du désert était connu pour être plus sain et le lieu était considéré comme plus approprié que la ville pour élever un enfant. Alors qu’il avait quatre ou cinq ans et qu’il s’amusait à l’extérieur avec d’autres enfants, l’ange Gabriel était apparu, avait retiré le cœur de Mohammed de sa poitrine et en avait enlevé une partie, appelée « la partie du diable ». L’ange Gabriel avait lavé le cœur avec de l’eau de zamzam (le puits de la Mecque dont la source avait jailli pour étancher la soif d’Ismaël), puis l’avait remis en place. Les autres enfants s’étaient enfuis en hurlant, croyant que Mohammed venait d’être assassiné, mais lorsque les secours, qu’ils avaient appelés, étaient arrivés sur les lieux, il était seul, terrifié et le visage exsangue, mais seule une toute petite cicatrice témoignait de ce qui venait de se produire.
La mission du prophète Mohammed était de guider l’humanité tout entière vers l’adoration exclusive de Dieu. Par conséquent, chaque aspect de sa vie faisait partie du plan que Dieu avait conçu pour le préparer à cette grande responsabilité. Enfant, la « partie du diable » de son cœur fut retirée; puis, adulte, alors qu’il s’apprêtait à bâtir la nation musulmane, son cœur fut purifié et rempli de foi. C’est alors que débuta la seconde partie de cette nuit miraculeuse.
Un animal blanc fut amené près du prophète Mohammed, qui le décrivit comme plus petit qu’un cheval, mais plus grand qu’un âne, et connu sous le nom d’Al-Bouraq. Cet animal, raconta-t-il, était capable de faire une enjambée aussi longue que la portée de son regard. Avec une seule enjambée, Al-Bouraq pouvait couvrir une distance incroyablement grande. L’ange Gabriel demanda au Prophète de monter l’animal et, ensemble, ils voyagèrent sur plus de 1200 kilomètres, jusqu’à la mosquée Al-Aqsa.
Le voyage nocturne et l’ascension furent de grandes bénédictions accordées par Dieu au prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Le voyage débuta à la Mosquée sacrée de la Mecque et, de là, à la Mosquée al-Aqsa, pour se poursuivre à travers les sept cieux, jusqu’à la présence de Dieu, le Tout-Puissant. Alors que nous voyagerons à travers les sept cieux en compagnie du prophète Mohammed, il sera important de garder à l’esprit que les endroits qu’il visitera ne font pas partie du Paradis.
En langue arabe, le terme sama est utilisé pour désigner les cieux au-dessus de nous, qui font partie du monde temporaire dans lequel nous vivons et qui seront, comme tout le reste, détruits au Jour du Jugement. Le terme jannah, quant à lui, sert à désigner le Paradis, lieu de félicité éternelle, l’habitat permanent des croyants et l’opposé de l’Enfer.
« Il en a fait sept cieux en deux jours et a révélé à chacun d’eux sa fonction. Et Nous avons décoré le ciel le plus proche de luminaires et l’avons pourvu d’une protection. Tel est le décret établi par le Puissant, l’Omniscient. » (Coran 41:12)
« Leur Seigneur leur annonce la bonne nouvelle d’une miséricorde de Sa part, ainsi que des jardins où il y aura pour eux une félicité permanente et dans lesquels ils demeureront éternellement. Certes, il y a auprès de Dieu une énorme récompense. » (Coran 9:21-22)
Les merveilles de Dieu
Le prophète Mohammed entama son ascension à travers les cieux à partir d'un endroit sacré. Ce voyage, aucun humain ne l’avait fait auparavant et aucun humain ne l’a fait depuis. C’est un événement qui démontre la capacité de Dieu d’accomplir des choses qui semblent à priori impossibles. Lors de ce voyage, les concepts de temps et de distance cessèrent de s’appliquer. Le Prophète décrivit plus tard les dimensions des cieux : le premier ciel, comparé au deuxième, est tel une petite bague perdue dans le désert... et il poursuivit ainsi, pour chaque ciel, jusqu’à ce qu’il arrive au sixième, qu’il compara au septième de la même façon, comme une petite bague perdue dans le désert. On parle ici d’une magnitude inimaginable. Notre planète, de même que ce nous appelons notre univers, font partie du premier ciel. Même avec les connaissances scientifiques du 20e siècle, nous ne savons toujours pas à quel point l’univers est vaste, jusqu’où il s’étend et quelles merveilles il contient.